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 | Charles DEVILLE WELLS |
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Charles De ville WELLS
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Recette à l'anglaise pour faire sauter la banque!
par christian vandervelde
A Monte-Carlo, la déesse de la Fortune choisit ses princes et ses rois selon son bon plaisir.
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Si faire sauter la banque une seule fois dans sa vie est une gageure, alors le faire plusieurs fois dans la même journée est un événement rare et le faire pendant plusieurs jours de suite devient tout simplement un exploit hors du commun. A cette prouesse unique est attaché pour toujours le nom mythique de Charles Deville Wells. L'homme fit son apparition à Monte-Carlo le 29 juin 1891. Agé de 47 ans, Wells était un petit bonhomme rondelet, chauve qui portait une courte barbe noire. Lorsqu'il se présenta au Casino, le 19 juillet 1891, les employés à la physionomie levèrent à peine les yeux sur sa personne. Sans être inquiété, notre homme reçut sa carte d'entrée et pénétra dans la salle de jeux. Il avait 4000 livres en poche, grosso modo 100 000 FF. Un capital énorme à l'époque. Timidement, il s'installa à une table de roulette et se mit à jouer le complet du 5, son numéro fétiche, par le maximum. Le numéro 5 sortit et se répéta.... Alors commença pour Wells une période de veine insensée. Il jouait des numéros au hasard, passait de la table de roulette à celle du trente-et-quarante, misant à pleines mains des pièces d'or. Rien ne l'arrêtait, il gagnait sans cesse; sa première visite se solda par un gain de 400 000 FF. Il revint les 2 jours suivants. Naturellement, tous les regards étaient tournés vers lui. Mais à 1'étonnement général, sa manière de jouer avait changé. Ce n'était plus le joueur téméraire et insouciant du premier jour mais un calculateur froid et déterminé. Il ramassa pas moins de 600 000 FF en jouant les chances simples de la roulette et du trente-et-quaran-te. La direction du casino était troublée: peut-être s'agissait-il d'un second Jaggers? Les inspecteurs le surveillaient étroite-ment afin de saisir son système. Wells, quant à lui, se vantait à qui voulait l'entendre que ses talents d'ingénieur lui avait permis de découvrir un système infaillible.
Sa méthode, expliquait-il, était basée sur une forme de calcul découvert par hasard alors qu'il travaillait sur des inventions mécaniques, et il prétendait qu'elle n'était infaillible qu'entre ses mains. «Bien sûr, ajoutait-il, chacun est libre de me regardei jouer et de suivre rnor exemple». Mais le joueur moyer n'a pas le courage de risquer d< fortes sommes, ni assez de ré sistance pour jouer onze heure; par jour. Sa résistance ne dur; peut-être pue 3 jour; mais elle lui suffit ; empocher 1 000 OO FF. En fait, sa technique connue de tous au jourd'hui sous le nom de "mon tante Wells», consistait à laisse porter l'intégralité de sa mise su 3 coups gagnants successifs; ei période de gain, il augmentai son enjeu de départ jusqu'ai maximum autorisé et le dimi nuait de moitié en cas de perte. L'ensemble des journaux locau; relatait en long et en largi l'aventure extraordinaire di Wells qui, du jour au lendemain devint un homme courtisé. Tout la haute société de Monte-Carlo la noblesse française et britan nique, les princes et les comte: russes, bref tout ce petit mondi rivalisait pour le fréquenter. L'émotion atteint son combl lorsque Wells fit sauter I, banque 12foisen une journée. Mais que signifie en fait l'exprès sion «faire sauter la banque»? faut savoir qu'au début de
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chaque journée, les tables de jeu se voient attribuer une avance. Avant-guerre, toutes les tables de roulette démarraient avec un capital de 80 000 FF alors que celles de trente-et-quarante étaient dotées de 240 000 FF. Si un joueur réussissait à épuiser cette réserve, la nouvelle se répandait dans le casino à la vitesse de l'éclair. Les chefs de table et les valets donnaient des coups de sonnette, des inspecteurs de salle couraient ça et là, les croupiers criaient à la cantonade «la banque a sauté» et la partie était interrompue pendant 10 minutes afin de pouvoir reconstituer l'encaisse de départ. Dans l'intervalle, la table était couverte d'un crêpe noir. Cette publicité assez ostentatoire avait été inaugurée par François Blanc à Bad Homburg. De nos jours, les tables qui ont sauté ne -portent plus le deuil», on se contente de réalimenter, au premier signe de faiblesse, la réserve des plaques et des jetons qui remplacent aujourd'hui les pièces d'or. Entouré d'une nombreuse cour, Charles Wells fait sa réapparition au casino le 26 juillet. Il connaît un début de journée difficile en perdant en moins d'une heure la coquette somme de 50 000 FF. Il quitte alors la table de roulette où il jouait pour aller s'installer à une table de trente-et-quarante. Et là, après avoir doublé plusieurs fois ses mises et atteint le maximum autorisé, il réussit à «faire sauter la table» douze fois dans l'après-midi et à la menacer très sérieusement une trentaine de fois. Wells venait de soulager les caisses du casino d'environ 2.500.000 FF. La chance de cet homme était simplement phénoménale.
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Le lendemain, il pénétra dans les salons en matinée, changea une somme de 1 000 FF et déclara...à la dame qui se trouvait à ses côtés: «Chère Madame, je vais vous montrer comment on fait sauter une banque avec 1 000 FF en moins d'une heure». En effet, dans les trente minutes qui suivirent, l'avance à la table était épuisée. Les joueurs présents étaient médusés devant 'exploit prodigieux réussi une fois de plus par Wells.
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L'Anglais quitta alors Monaco durant quelques mois avant d'y revenir au début 1892 dans un splendide yacht à vapeur, Le «Palais Royal". Le bâtiment pouvait accueillir 60 invités et les réceptions plus somptueuses les unes que les autres s'y succédèrent. Devant son succès, Wells se montrait chaque jour davantage arrogant et vaniteux. Peu de temps après, il sembla que la chance eut décidé de l'abandonner et il se mit à perdre beaucoup en très peu de temps. Moins d'une semaine suffit au casino pour récupérer la totalité des sommes que Wells avait gagnées. Pour autant, il ne modifia pas son train de vie. le «Palais Royal» demeura au port le restant de la saison, les soirées fastueuses se poursuivirent et, régulièrement, des fonds venaient de Londres pour combler ses pertes et financer son train de vie effréné. Sa fortune semblait inépuisable. Il affirmait avoir effectué d'excellentes transactions boursières et prétendait que ses nombreuses inventions avaient eu du succès. On ne connut sa situation financière qu'à la fin de l'année, lorsqu'il fut arrêté à bord du «Palais
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Royal» dans le port du Havre. Un ordre d'extradition avait été lancé contre lui par le gouvernement anglais et il comparut devant les tribunaux, le 17 janvier 1893, pour avoir escroqué 28 000 livres sterling. Le procès révéla que les sommes avec lesquelles il avait joué était en fait le butin d'une série d'escroqueries. Se présentant comme un inventeur et un ingénieur - alors que sa seule invention fut une corde à sauter musicale, qui ne s'était pas bien vendue -, il était parvenu à convaincre un certain nombre de commanditaires crédules de lui confier leur argent, leur promettant des profits considérables lorsque ses inventions géniales seraient mises sur le marché. Il fut condamné à 8 ans de prison. Lorsqu'il fut libéré, on ne trouva point un homme brisé par sa longue incarcération niais un homme à l'esprit d'entreprise intact qui avait déjà fomenté derrière les barreaux des plans pour se refaire une nouvelle fortune. En 1906, Wells s'associa avec un pasteur anglais défroqué et s'empressa d'escroquer les milieux d'affaires de Manchester pour de pseudo- brevets. Par précaution, il avait troqué son nom pour celui de Monsieur Davenport. Cependant, les transactions en matière de brevet échouèrent avec pour conséquence une nouvelle condamnation à 3 ans. Après sa libération, il tenta sa chance en France pour terminer à la prison de St Lozaire où il purgea 5 ans fermes pour diverses fraudes. A sa sortie, c'était un homme vieilli qui se retira des «affaires». Il vécut ensuite discrètement à Paris jusqu'à sa mort en 1929, à l'âge de 85 ans.
Christian Vandervelde
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Charles Wells "Avec Garcia et Jaggers, la direction du Casino de Monaco n'avait pas encore connu le pire... Faire sauter la banque d'une table plusieurs fois en un jour, et répéter cet exploit plusieurs jours de suite, seul y parvint Charles Deville Wells. Sujet de Sa Gracieuse Majesté britannique, d'apparence plutôt banale, Wells fit son entrée au Casino de Monte-Carlo par un beau jour de juillet. Muni de 100000 francs, il s'installa à une table et commença à jouer de façon plus que téméraire. Onze heures plus tard, il quittait l'établissement... avec 250000 francs de mieux. Son exploit se renouvela le lendemain et, le troisième jour, il fit sauter la table... douze fois dans l'après-midi! Sa tactique — qui n'a rien à voir avec la progression qui porte son nom — consistait à laisser ses mises s'accumuler même après plusieurs gains consécutifs. Au cours de l'hiver suivant, il connut une nouvelle série extraordinaire, tant à la roulette qu'au trente-quarante. Il se permit même d'acheter pour 50 000 francs d'actions du casino. Il se présenta à Monte-Carlo une troisième fois, à bord d'un splendide yacht... Mais, ce jour-là, la chance l'abandonna et il perdit régulièrement. A la fin de cette même année, il fut arrêté au Havre et condamné pour une escroquerie de 28 000 livres. On découvrit alors que les sommes qu'il avait jouées à Monte-Carlo n'étaient en fait que le butin de multiples autres malversations. Il purgea huit ans de prison et3 à sa sortie, le monde des jeux l'avait complètement oublié."
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